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Du nouveau sur la vie conjugale des tourterelles à queue carrée

Publié le par Frank Cézilly

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Si la plupart des espèces d’oiseaux sont socialement monogames, l’étude de la monogamie aviaire est longtemps restée cantonnée aux espèces des zones tempérées, caractérisées par l’existence d’une saison de reproduction au cours de laquelle les couples se forment, et d’une saison non reproductrice pendant laquelle, chez la plupart des espèces, les partenaires vivent séparés.  

La probabilité qu’un couple dont les deux partenaires ont survécu se reforme d’une année sur l’autre varie selon les espèces d’oiseaux. D’un côté certaines espèces telles que les choucas ou les albatros semblent rester fidèles à un même partenaire jusqu’à sa mort, de l’autre d’autres espèces à l’instar du flamant rose changent systématiquement de partenaire d’une saison de reproduction à l’autre.

Entre ces deux extrêmes, le taux de fidélité au partenaire d’une année à l’autre varie largement et semble être influencé à la fois par la stabilité de l’habitat et le succès reproducteur des couples. Cependant, s­­­­­­i la vie conjugale des oiseaux des zones tempérées est bien connue, il n’en va pas de même de ceux vivant en zone tropicale, notamment là où l’alternance des saisons est moins marquée et la reproduction se déroule de façon quasi continue dans le temps.

Le programme de recherche à long terme mis en place par le Professeur Frank Cézilly sur la Tourterelle à queue carrée, Zenaida aurita, à la Barbade vise précisément à combler cette lacune. Les premiers résultats obtenus à partir du baguage avec des marques colorées permettant de reconnaître les individus à distance et, donc, d’identifier les couples, indiquent que les liens entre partenaires peuvent perdurer pendant au moins cinq années successives, et sans doute plus. Il n’est par contre pas encore établi si des cas de « divorce » peuvent survenir ou pas dans la nature.

Deux articles parus récemment cependant permettent de mieux cerner le comportement des tourterelles à queue carrée et les avantages qu’elles retirent de la monogamie à long terme.

Le premier article paru dans la revue ornithologique The Ibis en janvier 2012 examine la façon dont les individus en couple modulent leur comportement de vigilance. Diverses activités essentielles pour un oiseau, telles que se nourrir, se toiletter ou encore dormir, sont le plus souvent incompatibles avec la surveillance de l’environnement et la détection des prédateurs. Chaque individu est donc obligé d’interrompre régulièrement chacune de ses activités pour scruter l’environnement à intervalles de temps plus ou moins réguliers, s’il veut être à même de déjouer l’approche d’un prédateur.

Les donnés récoltées sur l’île de la Barbade montrent qu’un avantage conséquent de la vie en couple chez la tourterelle à queue carrée consiste à pouvoir abaisser de 30% le temps investi dans la vigilance pendant qu’elle picore (par rapport à la situation où elle se nourrit seule), et d’augmenter en conséquence sa prise de nourriture. Ceci sans pour autant s’exposer plus avant au risque de prédation, chaque partenaire pouvant bénéficier de l’effort de surveillance de l’autre. Cette diminution est obtenue chez chaque sexe en augmentant la durée des intervalles de temps séparant deux épisodes de surveillance tout en maintenant intacte la durée de chaque épisode de surveillance. Qui plus est, le niveau de vigilance est équivalent entre mâle et femelle, ce qui indique qu’un sexe ne bénéficie pas plus que l’autre de l’investissement de son partenaire dans la vigilance.

 

 

La vie conjugale des tourterelles à queue carrée : coopérer pour défendre son pré-carré

 

Le second article, paru dans la revue Animal Behaviour en janvier 2012, expose les résultats d’une étude expérimentale de la défense du territoire par les couples de tourterelle à queue carrée. Elle indique que la défense du territoire est assurée conjointement par le mâle et la femelle, mais que dans l’ensemble les mâles réagissent plus à l’intrusion d’un congénère sur leur territoire. Toutefois, si l’investissement de la femelle dans la défense territoriale est en moyenne plus modéré que celui du mâle, il augmente néanmoins lorsque la fréquence des intrusions augmente. Qui plus est, l’intensité des comportements agressifs de la femelle ne diffère pas de celle du mâle. Enfin, le sexe de l’intrus n’a aucun effet sur la réaction du mâle ni sur celle de la femelle défendant un territoire. Ce qui tend à démontrer que le comportement agressif des couples de tourterelles vis-à-vis de leurs congénères a bien pour fonction de défendre le territoire en tant que bien commun, et non pas de dissuader d’éventuels rivaux de tenter de les supplanter auprès de leur partenaire. 

 

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